Partager l'article ! Fantasy Mon Amour: Ca faisait très longtemps que je n'avais rien publié. Manque de temps, oubli, tout ça. Mais aujourd'hui je suis tombé sur ...
Ca faisait très longtemps que je n'avais rien publié. Manque de temps, oubli, tout ça. Mais aujourd'hui je suis tombé sur un article du Cafard Cosmique, au sujet des 20 "Must Have" de Fantasy. Et j'ai pas été content. J'aime pas ce qu'ils mettent. Ca correspond pas à ce que j'aime. Alors j'ai décidé de faire MON must have de la fantasy. Mais j'ai triché: ce que je veux cibler moi, c'est le must have d'Heroïc Fantasy: le médiéval-fantastique.
Tout d'abord, un peu d'histoire:
Pour moi il y a deux
piliers de l'Heroïc Fantasy: Conan et le Seigneur des Anneaux; Howard et Tolkien. Ce sont deux approches radicalement différentes. Conan s'inscrit dans le mythe
de l'Atlantide, une période mythique d'une sorte d'antiquité fantastique. Et il ne véhicule pas les mêmes valeurs que chez Tolkien. Conan est un barbare, un guerrier brave et fier mais
aussi un voleur, un pillard, un brigand. Il va devenir roi, mais pas un bon roi regnant. Il reste un guerrier dans sa beauté primitive, une force indomptable, une personnalisation de la fureur et
de l'indépendance.
Chez Tolkien on est pas la du tout. Tolkien part sur une fantasy dans un monde médiéval déchu, qui vivote sur les ruines d'une grandeur passée quasi-oubliée. La terre du milieu est peuplée d'elfes, de nain, d'humains et de hobbits. Mais la terre du milieu de la guerre de l'anneau est le temps des hommes: le temps de la cupidité, de l'absence d'honneur et d'oubli des temps anciens. C'est pour ca que Sauron revient: il peut revenir car les hommes se sont repliés sur eux-mêmes, dans leur égoïsme et leur étroitesse de vision. Les héros de tolkien sont a l'image de ce monde mais magnifiés car ils vont représenter la gloire d'antan: les hommes (Aragorn et Boromir) ont leurs faiblesses et leurs démons, qui les hantent et les rongent. Mais il vont les vaincre, chacun a leur maniere. Legolas va représenter la derniere chance des elfes; il est celui qui ne va pas baisser les bras. Il est celui qui n'a pas renoncé. Les hobbits sont les pantouflards qui ne sont pas fait pour l'aventure, les gens du communs, les "bêtes comme choux" mais qui vont se surpasser. Et y laisser leur innocence. Gimmli le nain, c'est compliqué. Il est un nain capable d'ouverture d'esprit, tout en restant un peu cliché. Il ne faut pas garder a l'esprit le Gimmli du film. Lui est totalement cliché.
Ce sont ces deux oeuvres qui ont forgé l'HF de notre époque: le grand costaud musclé, le barbare et pagne et de l'autre côté la multitude des races et les quêtes initiatique, dans un monde plus magique.
Mes Must Have de l'Heroïc Fantasy
Puisque je ne suis pas d'accord avec le Cafard Cosmique, autant détailler ce que MOI je recommande à tous.
1) Le seigneur des anneaux
Et bien oui. On ne peut
pas passer à côté si on veut de l'HF de qualité. C'est la bible de l'HF. Mais comme toute bible, c'est un monument qui date. Le style de Tolkien n'est pas tres facilement abordable pour un
lecteur contemporrain. C'est pas le genre de livre qu'un gosse "de maintenant" va pouvoir dévorer. Il est tres descriptif (oui, le chapitre introductif sur les hobbit peut décourager certains),
il est long (bon, c'est relatif, on a fait pire) et surtout les phases "d'action", les batailles, les moment héroïques ne sont pas aussi dynamiques qu'en litterature contemporraine.
Oui il est peut être devenu difficile à lire.
Pour autant il est magnifique. C'est un livre qui nécessite du temps: il faut prendre le temps de lire chaque phrase, de gouter chaque description pour visualiser chaque scène. Tout est ciselé comme une sculpture sur un métal précieux. Tout est à sa place, rien n'est en trop, rien ne manque vraiment. Même les chansons (et oui, les chansons...) et poèmes font sens. Ca, cest du BG pur. Mais il faut prendre sont temps. C'est pas un oeuvre de consommation.
Alors oui c'est le must have n°1, mais ce n'est peut être pas celui par qui il faut commencer.
2) L'assassin Royal; de Robin Hobb
Si il fallait donner un seul livre pour définir l'excellence en fantasy modèrne,
c'est le cycle de l'assassin royal qu'il faudrait retenir. C'est un cycle récent (1998), créé par une Madame (Margaret Astrid Lindholm Ogden), ce qui change peut être l'approche des personnages.
L'assassin royal c'est d'abord plusieurs traits de génie dans la fantasy:
-il est réaliste: ici il n'y pas de dragon dans tous les châteaux, pas d'épées magiques dans les boutiques, pas d'aventuriers professionnels. Y'a rien de D&D la dedans. Elle a pris le parti de décrire une société médiévale cohérente, avec une vie de chateau documentée et proche des proccupations quotidiennes. C'est une fantasy qui décrit les cuisines, qui donne faim quand elle parle de nourriture, qui fait voir les habits quand elle décrit des vêtements, qui fait ressentir le froid, la pluie, la douleur, les odeurs du marché...On est proche de la réalité. Proche du vrai.
Et ca, c'est neuf. Ca, c'est pur.
-il est pyschologiquement exact: qu'est ce que le devoir? Poser la question est y répondre serait accadémique. Ne pas poser la question et faire ressentir le devoir, ca, c'est excellent. Faire comprendre ce qu'implique de "donner sa vie" au service de quelqu'un, par rapport à ses ambitions personnelles, à sa vie de famille, a ses amours, à sa vie privée en général; c'est ca que fait l'assassin royal. On est loin des personnages torturés ou héroïques pour le frime, pour l'artifice. Ici on est dans le simple et l'exact. Pas besoin de plus.
-il bouleverse le langage: dans la fantasy classique on se sent toujours obligés de caser des "G", des "K" et des "R" pour médiévaliser les noms de personnages. On fout des "L" pour faire elfique aussi. Dans l'assassin royal, on ne fait pas ca. Le nom des personnages correspond à un trait de caractère, du moins pour les personnages de sang noble. Qu'est ce que ca apporte? Du réalisme. Encore. On accroche.
Au-delà du simple génie d'innovation, c'est aussi un génie de conteur. C'est une vraie histoire; qui va décrire la vie d'un homme de son enfance à un âge avancé. C'est la vie d'un homme dans tous ses aspects, ses joies, ses souffrances, ses amours, son devoir, sa sacrifices. C'est la vie d'un garçonnet, fils batard d'un prince, qui va devenir assassin pour sa famille, malgré lui. C'est la vie d'un garçonnet qui dispose d'un étrange "pouvoir", celui du "vif". Grace à lui, ou a cause de lui, il va pouvoir lier son âme à celle d'un animal et pour cela il va risquer sa vie: cette "sang-magie" est un crime, et le préjugé populaire vaut peine de mort à celui qui partage la vie d'un animal.
En dire plus est difficile, je ne saurais que recommander vivement la lecture. Il n'y aura rien de plus parlant.
Ce cycle est tres long, 13 tomes. Mais chacun d'eux vaut le coup, il n'y a pas a avoir peur de la longeur. C'est rare.
3) Le Trone de Fer; JRR Martin
Encore une montagne, 12 tomes parus à ce jour et le cycle n'est pas terminé. Pour
autant il est déja un monument de la fantasy.
Là ou l'Assassin Royal est une perfection psychologique, le Trone de Fer va décrire l'enfer du pouvoir. La premiere partie du cycle en anglais s'appelle 'A Game of Thrones", soit "le jeu des trones", ou "jeu de pouvoirs". Rien n'est plus vrai. Ce cycle va décrire la vie et la mort de familles régnantes, de princes, de ducs, de roi dans l'enfer de la politique d'un continent rongé par les suites du décès d'un Roi unificateur. Guerres ouvertes, assassinat, coucheries, manipulations...rien n'est épargné aux héros. Rien n'est acquis, toutes les positions acquises par les héros finissent par changer et s'effondrer. Le tout sur un fond de menace sourde et méprisée; une sombre influence venur du nord, une rumeur froide et glaciale de l'autre côté du "mur" qui chasses les rebelles humains vers les terres du sud. Et ce quelque chose parait invicible.
Cette série est dure: les héros meurent vite, on n'est pas la pour s'identifier à un personnage, mais pour assister à sa chute. Et ces personnages sont nombreux.
C'est vraiment une saga de tres grande qualité, tres loin du manichéisme classique des personnages de fantasy. Elle vaut vraiment le détour.
4) Les Annales de la Compagnie Noire
Cette série n'est pas parmi les plus connues (bon, ca va, c'est
pas un machin confidentiel non plus). Mais c'est une des plus intéressante. Elle présente la vie d'une compagnie de mercenaires dans un monde médiéval fantastique noir, désespéré, violent et
écrasé par la puissance totalitaire d'une magicienne noire.
L'histoire est contée par "Toubib", le médecin de la compagnie, qui tient les annales de la compagnie. Avec lui on va vivre les marches, les ordres et contre-ordre, les batailles. On va cotoyer des personnages hauts en couleur, des sorciers querelleurs, des gueulards, des cyniques et une Dame, LA dame, celle qui tient le monde entre ses mains.
Ce cycle vaut vraiment le coup, surtout pour les premiers tomes, qui se passent dans le "nord". Les autres perdent un petit peu du charme initial.
Ce qui est a voir ici, c'est une fantasy pire que dure. On vit dans la boue, dans le froid et le sang. Il n'existe pas vraiment d'espoir dans ce monde. La vie est d'une précarité infecte, et l'avenir semble presque pire que le présent. Le tout est assaisonné d'une ambiance oppressante, pourrie d'une magie noir inaccessible et létale.
Cette saga est sale, noire et cynique. Et c'est tres tres bien. Parce qu'elle ne fait pas semblant. Ce n'est pas une pose littéraire, c'est un vrai style. A lire.
5) Les chroniques des crépusculaires, Mathieu Gaborit
Il fallait bien changer de style.
Les chroniques des crépusculaires, c'est de la poésie. C'est de la délicatesse, une chose fragile et complexe dans un domaine taché par les clichés. C'est une petite fée parmi la fange. Et il ne faudrait surtout pas passer à côté.
Décrire l'ouvrage est diffcile. Il s'agit de l'histoire d'Agone, un jeune homme aux idées éloignées de la brutalité de celles de son père; qui va devoir aller étudier la maitrise du pouvoir dans une "université' formant les "éminences grises"; les personnes les plus influentes du monde politique. Sa volonté de vie simple et "propre", par opposition à la cruauté crasse de son géniteur, va se heurter au cynisme et à la complexité de l'enseignement qu'il va devoir suivre, le tout pimenté d'une magie fondée sur la dance et la musique, dans un univers coloré et délicat.
S'il fallait donner un prix de la beauté, il serait pour les chroniques.
En plus, c'est un auteur français. Etre chauvin, parfois c'est bien.
Avec ces cinq là, je pense qu'on tient un top 5 de grande qualité. Bien sur, comme je suis pas tout a fait insensible à autre chose, je vais proposer une petite liste de bonnes choses, qui ont leur place dans une anthologie des grandes choses de l'HF. Notez que l'ordre n'est pas un classement.
Quelques trucs soumis à débat
Bon, y'a des choses que j'ai lu, et que j'ai pas forcément aimé, mais qui passent pour des grandes choses.
Bon.
Le plus emblématique en fait c'est la sage de Gene Wolf, L'Ombre du Bourreau. Ben ouais, j'ai trouvé ca positivement naze. J'ai même pas pu finir le premier tome tellement j'ai trouvé le bouquin creux, prétentieux et ininteressant. Alors y'a des gens qui hurlent au génie, moi, je l'ai pas vu.
Apres y'a le gros machin actuel de L'Epée de Vérité. La, y'a deux camps: ceux qui trouvent que c'est génial, et ceux qui trouvent que c'est une grosse daube nauséabonde. Bon, je suis assez partagé. C'est mauvais, certes, mais c'est assez sympa quand même, On va dire qu'on passe un moment distrayant. Ca vaut pas toute la bonne pub qu'on en a fait, mais c'est pas non plus l'une des plus grande bouses du monde litteraire. C'est juste une bousette.
Enfin, y'a Pratchett: alors la c'est compliqué. C'est objectivement marrant, c'est un détournement de la fantasy pour se poiler un coup. Mais je trouve ca tres lassant. En fait je pense qu'il faut en lire un par an, pas plus; le temps de digérer l'humour. Si on s'en tient à ca, je pense que ca fait partie des grandes choses. Si on veut lire "tout à la suite" c'est plus qu'indigeste: ca devient lourd.
A bientôt, quand on aura le temps! et bonne année of course.